Crise économique et presse online

Posté par Ben le 09 septembre 2009 dans internet, mots clés: , , , , , , , , , , , ,

Triste nouvelle que celle annoncée vendredi soir. Après la fusion de l’excellentissime Matbe.com avec PCworld et le licenciement d’Arthur Rabot de Canard PC en avril, voilà que PC Inpact doit licencier 3 de ses 7 salariés suite à de très gros problèmes financiers.

Je me permets un petit aparté, on ne peut plus sérieux pour une fois, afin d’exposer à nos lecteurs une situation qu’ils ignorent peut-être. La presse informatique va mal, très mal. Et particulièrement la presse online. Les coûts de développement et de maintenance d’un site ayant une certaine ampleur sont élevés, et présenter des actualités quotidiennes ainsi que des tests sérieux et poussés nécessite du matériel, du temps et une équipe qualifiée (et motivée). Tout ceci a également un coût, très élevé.

Pour atteindre un certain niveau de technicité et de sérieux, la rédaction des articles des sites informatiques nécessite énormément de temps et des rédacteurs à temps plein, qu’il faut payer. Non ne critiquons pas les sites, nombreux, tenus par des bénévoles (dont Nerdvana d’ailleurs), mais l’expérience prouve qu’en conservant une activité salariée parallèle, il est nécessaire de limiter ses ambitions. On peut toujours espérer se faire racheter par de grands groupes comme c’est le cas pour quelques sites, mais cela reste l’exception. Donc, pour se financer, les sites utilisent la plupart du temps un comparateur de prix et une régie publicitaire. Le principe est simple : à chaque achat réalisé grâce au comparateur en question et à chaque clic sur une publicité, le site touche un (très) petit quelque chose.

Or, on constate depuis quelques années un phénomène inquiétant, qui amène la triste situation d’aujourd’hui. Explications :

Les magazines papier se financent via les publicités et le prix de vente de chaque numéro. [NB : le prix des publicités dépendant bien entendu du nombre de ventes du magazine]. Les lecteurs trouvant une information immédiate et en apparence gratuite sur les sites achètent de moins en moins de magazines. Qui gagnent donc de moins en moins. Déjà, on sent que ça commence à coincer… Les lecteurs vont donc de plus en plus sur les sites, mais bloquent massivement les publicités avec des extensions comme « adblock plus ». Quand ce n’est pas le cas, ils ne cliquent de toute façon que peu sur les publicités en question. En parallèle, les comparateurs de prix intégrés sont peu utilisés, et avec la crise, les revenus publicitaires sont en baisse constante.

Le résultat final : des magazines qui vendent moins et qui perdent une part de leur lectorat au profit de certains sites… Et des sites qui malgré tout ne gagnent plus assez pour assurer leur survie… Il faut se rendre compte d’une chose : rien n’est gratuit, tout a un coût, y compris l’information. Dans la mesure du possible, cessez d’utiliser des bloqueurs de publicités, cliquez même dessus ! De même, usez et abusez des comparateurs de prix des sites que vous aimez, et achetez vos magazines préférés…

La situation actuelle de la presse spécialisée est très inquiétante, quel que soit son support, et il ne suffirait pas de grand-chose pour qu’elle devienne dramatique, et je n’exagère pas.

Ce billet n’a pas pour but de moraliser ou faire culpabiliser ses lecteurs, mais juste d’informer quant à la situation réelle du secteur, ignorée de beaucoup de monde. Il s’agit aussi d’un petit coup de gueule suite à une nouvelle qui me touche énormément, étant moi même rédacteur pour certaines publications.

Dans tous les cas, nous souhaitons beaucoup de courage aux ex-salariés de PC Inpact, ainsi qu’à l’ensemble des personnes ayant à pâtir du contexte économique actuel.