Edito – Apple iPad: Oui, mais …

Posté par Ben le 01 janvier 2010 dans Apple, mots clés: , ,
Enfin ! Steve Jobs a dévoilé le dernier bébé d’Apple: l’iPad. Rarement un produit se sera autant fait attendre chez Cupertino. En chantier depuis des années, les rumeurs annonçaient la venue de cette tablette avant chacune des interventions du gourou à la pomme. D’innombrables fantasmes ont pu être lus concernant cet objet, attendu comme une petite révolution; un appareil unique qui allait changer notre rapport au multimédia mobile. Après tout, tout est envisageable lorsque l’on parle d’Apple, firme génitrice de l’iPod et de l’iPhone, deux appareils ayant profondément modifiés les marchés existants et ayant durablement marqués leur époque. De plus, il se murmurait que le grand patron lui-même se serait investi dans le développement de son nouveau jouet, avec le niveau d’exigence et l’imagination qu’on lui connait.
Alors, ça y est, iPapy (comme on le surnomme sur la toile) y est allé de sa Keynote et a lâché sa petite bombe, suivi en direct par des dizaines de milliers d’aficionados. Comme d’habitude, la firme a soigné sa communication et la couverture médiatique est intense, et tout le monde ou presque devrait bientôt avoir entendu parler de l’iPad. Il est probable qu’un nombre conséquent de personnes en fasse l’acquisition dès sa disponibilité. Après tout, c’est un appareil «révolutionnaire» , «magique», d’après les propres mots du patron d’Apple.
Cela dit, cette Keynote a comme un goût de trop peu, laisse une sensation indéfinissable de manque, à la limite de l’amertume. Un pétard mouillé en lieu et place du feu d’artifice attendu ? Sans aller jusque-là, il est indéniable qu’une dose de pragmatisme et de réalité est venue doucher l’enthousiasme et l’imagination débridée qui prévalait jusqu’à présent. Petit aperçu de cet objet hybride.
I’iPad, c’est bien …

D’un point de vue purement technique, il n’y a pas grand-chose à reprocher à l’iPad,et Apple a effectué des choix judicieux. Concernant l’écran, il s’agit pour commencer d’une dalle IPS, plus couteuse que les traditionnelles TN, mais offrant des angles de vision beaucoup plus ouverts. Compte tenu de la vocation mobile de la bête, on ne peut que s’en féliciter. De plus, malgré sa taille de 9,7’, l’écran affiche une résolution de 1024*768, identique à celle de nos antiques moniteurs CRT 15’. L’immense majorité des netbooks utilisant cette diagonale d’écran ont une résolution limitée à 1024*600, obligeant ainsi à utiliser les ascenseurs de manière intensive et peu agréable. Ces 168 pixels n’ont l’air de rien, mais devraient participer activement au confort d’utilisation de l’engin.
Derrière cet écran se cache une nouveauté marquante, bien que prévisible: un processeur Apple ! Probablement issu du rachat de PA Semi en 2008 (270 millions USD pour rappel … ), cette puce cadencée à 1 GHz est de manière quasi certaine un ARM. L’iPad est en effet capable d’exécuter nativement les applications de l’iPhone (compilées pour ARM), et ce type d’architecture était la spécialité de PA Semi. Les points forts de cette mystérieuse puce Apple A4 sont certainement la consommation et l’efficacité aux vues de l’autonomie et de la réactivité de l’appareil. Ce point également passé pour secondaire, mais il faut au contraire le considérer comme un point majeur de cette Keynote. En rachetant PA Semi, Cupertino s’est doté d’une arme stratégique redoutable. En utilisant jusqu’à présent un processeur ARM Samsung, Apple laissait la possibilité à des firmes concurrentes de l’exploiter également, tout en étant dépendant de la puissance de ce dernier. En développant ses propres puces, Apple empêche les concurrents de proposer des produits de même puissance/autonomie et peu se permettre de calibrer ses processeurs en fonction de ses applications. Outre la taille de l’écran, il est probable qu’iWork n’a pas été porté sur iPhone à cause d’un manque de puissance de calcul, contraignant Apple à adapter son offre à cet état de fait. Aujourd’hui Apple maîtrise l’ensemble du processus de conception, tant d’un point de vu logiciel que matériel. Tout étant à présent développé en interne, les synergies possibles s’en retrouvent décuplées. Cette manière de procéder colle parfaitement avec les antécédents et la philosophie de la firme à la pomme, et il est probable que l’ensemble des appareils mobiles de la marque soient à terme équipés de processeurs ARM maison. Sans surprise, la partie graphique est toujours confiée à Imagination, avec un PowerVR. Il est raisonnablement possible de supposer qu’il s’agit d’un PowerVR SGX535, comme sur l’iPhone 3Gs. Un modèle 545 a bien été annoncé entre-deux, mais il est beaucoup trop récent (janvier 2010) pour être intégré au sein de l’iPad.
Les dimensions de la tablette sont un autre de ses atouts: ses 24 cm de haut et ses 1,3 cm d’épaisseur devraient faciliter son transport, même si l’iPad n’a pas vocation à tenir dans vos poches. Le dos bombé en aluminium, à l’image des premiers iPhone, lui confère une élégance certaine, encore que ce point soit laissé à l’appréciation de chacun. Néanmoins, on commence à percevoir l’un des écueils se dressant sur la route de ce type de machines. Trop grosses pour être transportées partout avec soi, elle n’en gardent pas moins une vocation nomade, bien que ne pouvant remplacer votre téléphone ou votre ordinateur portable …
L’iPad, ça fait tourner plein de choses…

Avec l’expérience acquise grâce à l’iPhone, Apple avançait en terrain connu… peut-être même trop. Jobs nous annonce fièrement que toutes les personnes utilisant un iPhone sauront utiliser l’iPad. Les similitudes entre les deux OS sont telles que cela n’est pas surprenant, il est possible de dire sans exagérer que l’iPad s’utilise peu ou prou comme un iPod touch.
On retrouvera donc un système pensé pour le tactile, et un clavier virtuel format XL. Il semblerait que ce dernier soit utilisable à plat et à deux mains, pratique pour les personnes capables de taper sans regarder leur écran, nettement moins pour les autres. Les applications mail, calendrier et photo ont été visuellement remaniées et sont très agréables à l’oeil, tout en restant réactives grâce à l’Apple A4. Mention spéciale pour l’agenda, donc la nouvelle interface tire parfaitement parti de l’écran 9,7’ , qui donne l’impression d’utiliser un agenda papier.
Point fort du produit, l’iPad est compatible avec les applications iPhone, en résolution native ou avec upscalling. La tablette commence donc sa carrière avec un parc de plus de 100 000 applications disponibles, ce qui n’est pas négligeable. Les éditeurs planchent néanmoins sur des versions iPad de leurs softs existants, afin d’utiliser au mieux la résolution de l’appareil. L’apps NewYork Time présentée en exemple gagne énormément à être utilisée sur iPad,et le mix entre contenus écrits et multimédias est très convaincant.
Notons l’apparition d’une nouvelle application, très attendue concernant les eBooks, sobrement baptisée «iBook». Attaquant frontalement le Kindle d’Amazon, l’iPad a su rallier à lui les principaux éditeurs américains, il faudra attendre afin de savoir ce qu’il en sera en France. Les achats s’effectueront via un iBook Store, et les livres seront présentés via une interface rappelant tellement Delicious Library que l’on est en droit de se demander si l’éditeur est identique …  Pas de traces d’une offre concernant les publications magasines et les journaux via abonnement, ce que l’on ne peut que déplorer. Reste à espérer que l’offre s’étoffera avec le temps, et que les tarifs seront accessibles. Pour le moment, les livres semblent s’échelonner de 5 à 15$ selon les titres.
Mais l’iPad, ça sert à quoi ??

Vient maintenant LA question cruciale concernant l’iPad: à quoi sert-il ? Cet appareil hybride souffre d’un problème majeur de positionnement, qui risque de lui causer des débuts de carrière difficile.  L’absence de multitâche et d’explorateur de fichier fait immédiatement rentrer l’iPad dans la catégorie des baladeurs multimédias plus que dans celle des ordinateurs. Jobs affirme que sa tablette peut remplacer un netbook, nous en doutons fortement…
De plus, l’iPad souffre d’un manque d’exclusivité: beaucoup de personnes attendant LA fonction révolutionnaire qui allait justifier l’achat du produit, un concept novateur, inédit, comme Apple sait en imaginer. Or, l’iPad ne propose rien qui ne puisse être fait avec un iPhone et/ou un macbook. Les possesseurs de tels appareils (et ils sont nombreux) n’ont pas de raisons spéciales d’acheter un iPad. Là où l’iPhone proposait des usages inédits, l’iPad ne fait qu’en réunir certains en un seul appareil, sans pour autant leur apporter de réelle plus value. Il sera toujours plus confortable de surfer via son Macbook et son clavier physique, tout en écoutant sa musique et recevant ses mails en même temps, et il sera toujours plus pratique d’écouter sa musique et envoyer un mail rapide via son iPhone, toujours présent dans sa poche. D’ailleurs, l’iPad nécessite un ordinateur pour sa synchronisation iTunes, démontrant ainsi son positionnement d’appareil d’appoint et non autonome. Un explorateur de fichier et le multitâche auraient rendu les choses différentes, et la tablette aurait pu se positionner en concurrent des netbooks…
Pour l’instant, l’iPad, n’a semble-t-il pas convaincu si l’on en croit les diverses réactions sur le web. Cela dit, comme pour tout nouveau marché, il est difficile de se prononcer faute de recul, et la tablette Apple sera peut-être un franc succès (ou pas). Les possibilités d’évolution sont nombreuses (il suffit de comparer les premières versions d’iPhone OS aux versions actuelles), et l’iPad saura peut-être trouver sa place dans nos foyers à la longue. Cependant, aujourd’hui, avec le (peu) d’informations obtenues lors de cette keynote, il est difficile de se sentir transporté d’enthousiasme, tant l’iPad semble bancale.
Créer un beau produit techniquement abouti est une chose, le rendre utile en est une autre …